Le jeudi 19 novembre 2015

NE TOUCHEZ PAS AU DÉPISTAGE COMMUNAUTAIRE!

Efficace, aimé et très populaire. Voilà comment qualifier le dépistage communautaire. Tellement populaire que, malheureusement, plusieurs gars se font dire par nos intervenants : « désolé, il n’y a plus de place », et ce, depuis plus d’un an. Déjà qu’on ne répond pas à la demande, voilà que le contexte d’austérité que nous connaissons pourrait remettre en question le dépistage communautaire. Ce mois étant celui de la Journée mondiale de la lutte contre le VIH/sida, RÉZO n’a qu’une phrase en bouche : ne touchez pas au dépistage communautaire… et bonifiez-le!

 

Ces dernières années, plusieurs stratégies de prévention du VIH ont vu leur efficacité se confirmer : prophylaxie préexposition (PrEP), charge virale indétectable, prophylaxie postexposition (PPE), etc. Des stratégies au cœur de la campagne d’information « RÉZO t’informe » que l’organisme a lancée en juin dernier. Le panier d’options pour prévenir le VIH chez les hommes gais et bisexuels est garni et il faut s’en réjouir. Toutefois, pour atteindre les objectifs de l’Organisation mondiale de la santé, les 90 % des personnes séropositives dépistées, 90 % de celles-ci mises en traitement, 90 % des personnes traitées avec une charge virale indétectable amènent 0 nouvelles transmissions, il faut dépister plus. Mais encore faut-il s’assurer que tous puissent se faire dépister en temps voulu et dans un lieu convivial.

 

Malgré plusieurs efforts et campagnes de sensibilisation, les hommes de nos communautés continuent à faire partie des populations les plus touchées par le VIH, les hépatites et les autres infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS). Au Québec, la majorité des nouveaux diagnostics du VIH est concentrée à Montréal et 80 % de ces infections touchent les hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes. Rappelons qu’un homme gai ou bisexuel séropositif sur cinq ne sait pas qu’il est séropositif. Que pouvons-nous faire?

 

Des dépistages fréquents et l’amorce rapide d’un traitement du VIH (antirétroviraux) améliorent la santé et la qualité de vie. Plus souvent on dépiste et plus souvent on traite, plus on limite et prévient la retransmission du VIH.

 

Le dépistage communautaire bien ancré à RÉZO et à SPOT

Depuis plusieurs années, RÉZO, l’organisme montréalais de promotion de la santé et du mieux-être auprès des hommes gais et bisexuels, cisgenres et transgenres, offre des cliniques de dépistages du VIH et autres ITSS dans différents lieux, et ce, grâce à une collaboration soutenue avec la Direction de santé publique de Montréal, le CIUSSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal et l’UQAM. Voici l’offre de dépistage : Cliniques gratuites et sans RDV les mardi et jeudi soir à RÉZO; dans plusieurs saunas de Montréal; au Centre de soir des travailleurs du sexe et dans des bars de danseurs; lors d’évènements spéciaux (bars, collaboration avec d’autres organismes, etc.); à SPOT.

 

RÉZO est un partenaire très impliqué dans le projet de recherche SPOT qui offre sur RDV depuis 2009 le dépistage rapide du VIH et le dépistage standard du VIH et autres ITSS dans ses locaux du 1223, rue Amherst, en plein cœur du Village. Il est important de mentionner que plus de la moitié des hommes dépistés lors de la phase III du projet ont précisé être nés à l’extérieur du pays.

 

Entre le avril 2014 et mars 2015, ce sont au total 1 538 dépistages du VIH et autres ITSS qui ont été réalisés à RÉZO et à SPOT. Ce qui nous désole, c’est que nous avons dû refuser 196 hommes lors de nos cliniques sans RDV entre avril 2014 et octobre 2015. Est-ce que ces personnes ont pu se faire dépister ailleurs? Est-ce que ces personnes ont laissé tomber? Permettez-nous d’être inquiets.

 

La valeur ajoutée d’un dépistage communautaire

Des intervenants RÉZO sont présents lors de chaque dépistage. Ils offrent du soutien individuel et adapté. C'est-à-dire que l’homme qui vient se faire dépister à RÉZO ou à SPOT peut parler avec un intervenant de sa situation relationnelle, de ses besoins, de ses prises de risque, de son plaisir sexuel, etc. Il peut obtenir beaucoup d’information en lien avec sa santé sexuelle et engager une conversation qui va au-delà d’un symptôme ou d’une question factuelle. Il est question ici de la santé sexuelle, oui, mais aussi de la santé physique, mentale et affective. Cet accompagnement possible avant, pendant et après un dépistage (notamment en cas d’un diagnostic positif au VIH) est très apprécié par les hommes qui fréquentent nos cliniques, et constitue très souvent l’élément central pour lequel ils se font dépister à RÉZO et à SPOT plutôt que dans les milieux clinique et institutionnel classiques. Tel qu’en font foi les sondages anonymes remplis lors de nos cliniques sans RDV, les hommes apprécient avoir la possibilité de parler avec un intervenant, le tout dans un lieu chaleureux et accueillant. La flexibilité des horaires (en soirée), la confidentialité, la proximité des lieux sont aussi appréciées. Des commentaires similaires sont émis à l’endroit de SPOT, un espace unique, discret, et hautement adapté aux besoins spécifiques et aux réalités des hommes gais et bisexuels.

 

Le dépistage en milieu communautaire est une pratique de plus en plus répandue et plusieurs études ont prouvé son efficacité pour rejoindre des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes et des groupes plus difficiles à rejoindre parmi ces populations, entre autres des utilisateurs de drogues et des travailleurs du sexe. Comme mentionné, grâce aux partenariats qui ont été mis en place, les hommes de nos communautés qui sont moins portés à aller vers des milieux cli-niques ou institutionnels peuvent se faire dépister dans des sites communautaires à RÉZO, à SPOT, dans des bars et saunas.

 

Ainsi, le dépistage communautaire qui est à notre avis une valeur ajoutée dans l’offre de dépistage du VIH et autres ITSS destinée aux hommes gais et bisexuels à Montréal, doit être préservé, et bonifié vu la grande demande et le nombre de refus observés à nos cliniques depuis plus d’un an.

 

Pérenniser les acquis, investir et innover

Le projet de recherche SPOT étant sur sa fin, RÉZO fait actuellement tout en son pouvoir afin d’assurer sa pérennisation. Il subsiste un risque que ce site de dépistage bien ancré depuis plusieurs années ne puisse poursuivre ses activités et ceci constituerait une perte énorme qui pourrait engendrer des conséquences désastreuses sur la santé des hommes de nos communautés.

 

La lutte contre le VIH/sida n’est pas terminée, et nous croyons fermement qu’elle est l’affaire de tous les paliers de gouvernements, de tous les acteurs des milieux communautaire, clinique et institutionnel d’investir et de travailler ensemble pour assurer la diversité de l’offre de dépistage : rendre disponible l’autotest du VIH, permettre aux intervenants communautaires de réaliser des tests rapides du VIH, comme c’est déjà le cas en Ontario, et investir dans la recherche sur le dépistage rapide des autres ITSS. Comme le projet MOBILISE! le propose et l’encourage, une mobilisation des hommes de nos communautés et de tous ses acteurs est urgente et requise.

 

RÉZO

Informations:

Alexandre Dumont Blais, Coordonnateur des communications

514-521-7778, poste 234 / communication@rezosante.org

 

*Cet article a été publié en ligne ici sur le site de Fugues et dans son édition imprimée de décembre 2015.



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