Le vendredi 24 mars 2017

Lettre ouverte : CONSENTEMENT ENTRE HOMMES : REMETTRE LES PENDULES À L’HEURE

RÉZO et le Conseil québécois LGBT réagissent aux propos d'Éric Duhaime

Cette lettre ouverte a été publiée dans La Presse + le 24 mars 2017.

 

Bien que nous ne nous attendons pas à ce qu’une personnalité publique soit experte dans tous les sujets qu’elle aborde, et que nous nous réjouissons de ce coming-out qui donne un exemple supplémentaire de l’ouverture du Québec quant à la diversité sexuelle, nous nous devons de rectifier certaines affirmations faites cette semaine par M. Éric Duhaime.

 

En effet, à la lecture de son essai, nous constatons que M. Duhaime relègue aux oubliettes la notion de consentement dans les relations sexuelles entre hommes : « Je n'ai pas non plus à faire attention, lorsque je drague, à ne pas franchir la "limite", à m'assurer qu'il y a explicitement consentement de la part de l'objet de mes pulsions. » En tant que porte-paroles d’organismes particulièrement sensibles aux stéréotypes entourant la sexualité des hommes gais et bisexuels, cis et trans, nous devons corriger le tir. Si la notion du consentement entre hommes et femmes reste d’actualité, elle est encore plus taboue dans les relations intimes entre hommes. Pourtant, il ne devrait pas y avoir deux poids, deux mesures : les hommes ne sont pas des bêtes sexuelles, prisonniers de leurs pulsions, qui interagissent sans règles ni respect. Toute personne sollicitée pour un acte sexuel peut y consentir ou non, peu importe son orientation ou son genre. C’est un mythe que d’affirmer que le consentement est inexistant lorsqu’il est question de rapports sexuels entre hommes, pour ne laisser place qu’à un jeu où les désirs de l’un annihilent le consentement de l’autre. Est-ce là le message d’éducation que nous voulons envoyer à nos jeunes qui se questionnent peut-être sur leur orientation?

 

En réalité, l’idée que la sexualité entre hommes est nécessairement consensuelle est extrêmement pernicieuse. Elle laisse à penser que la violence sexuelle n’existe pas dans les relations homosexuelles, ou que si un homme est violé par un autre homme qu’il aurait dû se défendre. Elle sous-entend également qu’un homme qui ne veut pas avoir de relations sexuelles n’est pas un « vrai » homme. Pourtant, cette violence existe, et nous nous inquiétons que les propos de M. Duhaime participeront à empêcher des hommes de chercher de l’aide, s’ils la vivent.

 

Quant à l’ensemble de l’œuvre de M. Duhaime, nous admettons qu’il est légitime de prendre pour base notre propre réalité lorsque nous voulons faire passer certains messages. Mais en ce qui concerne le vécu LGBTQ+, il est dangereux d’éclipser celui de communautés qui vivent encore énormément de discrimination. Un rapide tour de terrain dans le milieu communautaire brosse un tableau bien différent que celui véhiculé par M. Duhaime, et affirmer que les luttes sont terminées, ça ne fait que jeter de l’ombre sur les stigmatisations que vivent les personnes LGBTQ+ au quotidien.

 

RÉZO est un organisme qui propose aux hommes gais et bisexuels, cis et trans, divers programmes de prévention VIH/ITSS et de promotion du mieux-être dans une optique de santé globale – un esprit sain dans un corps sain, donc. Sur le terrain, les équipes de RÉZO constatent effectivement des avancées dans l’acceptation de l’homosexualité, ce dont parle M. Duhaime, et il faut effectivement s’en réjouir. Par contre, en ce qui concerne l’acceptation des personnes trans, c’est une autre paire de manches, mais comme ce n’est pas son vécu, parlons spécifiquement des hommes cis, gais ou bisexuels : oui, pour certains, l’intimidation est chose du passé. Mais… l’intimidation homophobe en milieu scolaire est encore bien vivante dans nos écoles. Mais… les hommes gais vieillissants sont parfois forcés de retourner dans le placard lorsqu’ils arrivent en maison de retraite. Mais… vivre son homosexualité dans une région éloignée demeure encore un défi quotidien pour plusieurs. Mais… les hommes de nos communautés ont un taux de suicide plus élevé, sont davantage aux prise avec des problèmes de consommation et sont les plus touchés par le VIH. Bref : ça fait beaucoup de « mais ». Encore trop d’hommes ont de la difficulté à assumer leur orientation sexuelle en raison de la pression sociale hétéronormative.

 

C’est notre société qui doit travailler pour l’inclusion des minorités, ce n’est pas aux minorités à se construire une carapace pour passer à travers leur quotidien.

 

S’il y a des acquis et des victoires qu’il faut féliciter, nous devons encore soutenir les personnes qui vivent les impacts négatifs qui viennent avec le fait d’être LGBT. Si c’est facile pour un, ça ne l’est pas forcément pour l’autre, et nous espérons que M. Duhaime en prendra conscience. Et si jamais il a besoin de soutien, pour quelque raison que ce soit, nous serons là pour lui.

 

 

Marie-Pier Boisvert, directrice générale, Conseil québécois LGBT

Alexandre Dumont Blais, codirecteur Communication et Administration, RÉZO



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