Prendre conscience d'un risque

 

Quels sont les facteurs qui m’amènent à prendre un risque?

 

Au moment de la pénétration anale, les décisions se prennent rapidement ou on n'a pas le temps ou l'envie de réfléchir à l'utilisation du condom. Même si, au début de la rencontre sexuelle, on avait l'intention d'utiliser le condom, la passion l'emporte parfois sur la raison. Ceci est profondément humain et nous place malheureusement en position de vulnérabilité dans laquelle les émotions et les plaisirs du corps peuvent prendre le dessus sur nos connaissances relatives à l'usage du condom et à la préoccupation pour sa santé sexuelle.

 

Certains éléments déclencheurs peuvent enflammer cette passion et favoriser la prise de risque. Ces éléments ont la faculté de brouiller notre cadre de référence intérieur : nos valeurs, nos croyances, nos connaissances au point où, tout à coup, on fait ce qui aurait été impensable quelques secondes auparavant.

 

Voici quelques-uns de ces déclencheurs :

 

Le désir. Celui qu'on ressent pour l'autre, mais SURTOUT, le désir de l'autre à notre égard. Il semble intensifier et justifier le désir d'avoir du sexe anal. Quand on sent que l'autre nous désire et qu'il nous le communique par la chaleur de son corps, l'intention de départ d'utiliser le condom peut changer.

 

La confiance. Lorsqu'on fait confiance à une personne, on se sent plus près d'elle. Ce sentiment peut nous inciter fortement à ne pas utiliser le condom. Après tout, on se connaît ! La décision de faire confiance ou non est généralement fondée sur des critères qu'on s'est fixés, consciemment ou non. Voici les critères de confiance mentionnés le plus souvent par les participants de la Cohorte Oméga (étude montréalaise regroupant environ 1 800 hommes qui ont des relations sexuelles avec d'autres hommes).

 

Lien annexe :

La transmission du VIH : guide d'évaluation du risque (Société canadienne du sida) 

 

 

Je vais faire confiance au gars…

 

Communication :

 

  • Avec qui j'ai une conversation;
  • Qui parle de sexe sans risque;
  • Apparence et attrait : qui a belle apparence, qui est bien mis;
  • Qui a l'air en santé;
  • Qui nous attire physiquement.

 

Personnalité :

 

  • Gars gentil, qui a du charisme ou qui a l'air honnête;
  • Gars réservé, stable ou responsable;
  • Gars qui a l'air intelligent, bien éduqué, cultivé.

L'intuition est également un facteur mentionné lorsqu'il est temps d'accorder sa confiance. Il y a des gens avec qui la connexion est instantanée, inexplicable. C'est une question de « feeling », de chimie, une impression de familiarité. Et la familiarité incite à faire confiance.

 

Certains hommes n'ont aucun critère de confiance, mais peuvent tout de même avoir des critères de méfiance. Généralement, quand on se méfie du partenaire sexuel, on a tendance à utiliser le condom pour le sexe anal, choisir d'autres pratiques sexuelles ou éviter les contacts avec le sperme et les autres liquides biologiques.

 

 

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Je me méfie du gars…

 

Style sexuel ou type d'attitude :

 

  • Qui montre des signes de sollicitation sexuelle;
  • Qui a l'air trop disponible;
  • Qui a l'air insistant, intrusif ou trop axé sur le sexe;
  • Qui a des intérêts sexuels divergents;
  • Qui adopte certains styles de séduction.

 

Types de pratiques et contacts avec le sperme :

 

  • Qui ne veut pas pratiquer le sexe sans risque ou qui est séropositif;
  • Qui insiste sur le sexe anal.

 

Apparence :

 

  • Qui a l'air malade ou qui ne prend pas soin de son apparence.

 

Personnalité :

 

  • Désagréable, en général.

 

Consommation d'alcool ou de drogue par le partenaire :

 

Tu remarqueras que les bases de la méfiance sont davantage axées sur le sexe et qu'elles reposent principalement sur l'interprétation ou l'intégration des messages de prévention, tandis que les critères de confiance sont d'un ordre plus personnel et subjectif.

 

 

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préférence sexuelle

 

Si la pénétration anale s'avère la pratique sexuelle préférée, le risque de ne pas utiliser le condom est plus élevé. Le sens donné à la relation anale représente également un facteur qui influera sur la décision de mettre un condom ou non.

 

Selon les participants d'Oméga, la pénétration anale peut prendre les sens suivants :

 

  • Aspect de fusion-communion totale avec le partenaire;
  • Faveur-privilège, par exemple, avec son chum seulement;
  • Jeu de domination-soumission;
  • Maturité sexuelle, impression d'avoir atteint une maturité sexuelle si on pratique le sexe anal;
  • Plaisir, jouissance ultime;
  • Violence-sadomasochisme;

Pour découvrir le sens que la pénétration anale prend pour soi-même, si on ne le sait pas déjà, les questions suivantes peuvent se poser :

 

  • Qu'est-ce que j'aime physiquement de la pénétration anale ?
  • Quel « feeling » me procure-t-elle ?

Et on peut aussi se demander :

 

  • En quoi l'utilisation du condom m'empêche-t-il d'aller chercher ce « feeling » ? Atténue-t-il le sens de la pénétration anale ?

 

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 Je rechute pour une nuit 

 

Les campagnes de prévention contre la propagation des ITS et du VIH-sida ont misé sur l'établissement d'une norme sociale prescrivant l'utilisation systématique du condom à chaque pénétration anale. Il est vrai que, outre l'abstinence, le condom constitue encore le meilleur moyen de protéger sa santé sexuelle. Dans la réalité toutefois, il est probable qu'au moins une fois dans sa vie on pense « au diable le condom ! ».

 

Tabou de la rechute

 

Dans ce cas, il faut se rappeler qu'une fois n'est pas coutume. Les gens qui rechutent peuvent sentir qu'ils se retrouvent dans une situation plutôt inconfortable. Parfois, sous l'effet de l'alcool ou d'une drogue, la perception du risque change. Ils peuvent se sentir coupables d'avoir commis une grave erreur. Résultat : ils n'en parleront pas.

 

Ce silence face à la rechute crée souvent un sentiment de honte, de culpabilité, de colère, de panique, de jugement de soi-même et d'isolement. On croit être le seul à vivre cette situation. Sans parler de la peur d'avoir contracté ou transmis une ITS ou le VIH.

 

Ceux qui l'ont vécu connaissent l'angoisse qui peut survenir après avoir eu une relation sexuelle avec pénétration anale non protégée. C'est un stress supplémentaire qui vient s'ajouter à nos vies déjà stressantes à souhait, où tellement de choses échappent à notre contrôle. Mettre un condom est un simple geste qui nous épargne un grand stress, car il nous évite une exposition au risque.

 

 

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Internet et la prise de risque

 

L'utilisation de l'Internet à des fins sexuelles est une réalité bien connue. On peut satisfaire différents besoins sexuels par le biais de l'Internet, par exemple, la porno-masturbation, le clavardage érotique ou les rencontres de partenaires sexuels aux goûts variés. D'un côté, le cybersexe offre l'avantage du virtuel, c'est-à-dire qu'on peut se passer d'un partenaire réel et prendre son plaisir sans se préoccuper de contracter ou de transmettre une infection transmise sexuellement ou le VIH.

 

L'Internet offre la possibilité d'augmenter le nombre de rencontres sexuelles sous le couvert de l'anonymat, si on le désire. Cet aspect « incognito » peut favoriser l'exploration de pratiques sexuelles auxquelles on ne s'adonnerait pas autrement. L'inconnu, l'interdit et la prise de risque peuvent représenter des contextes excitants.

 

Il ne faut pas oublier non plus que l'Internet modifie l'espace et le temps et transforme le contact avec la réalité, particulièrement dans les salles de clavardage, où un rapport amical s'établit rapidement et suscite un sentiment de CONFIANCE envers l'autre. L'impression de connaître l'autre, ne serait-ce que virtuellement, peut nous inciter à prendre un risque sexuel.
Dans l'univers Internet, nous savons qu'il y a place pour le mensonge et la fantaisie. Tout le monde est beau et bien membré, n'est-ce pas ? On se permet de croire à l'illusion, mais on se protège !

 

 

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Les premières expériences sexuelles… à 15 ou 55 ans

 

De manière générale, les premières expériences sexuelles ne sont pas planifiées. Malheureusement, en raison du tabou social toujours présent face à l'homosexualité, elles se déroulent souvent dans le secret, la clandestinité ou l'anonymat. Ceci augmente le risque de transmission du VIH et des ITS, car la négociation du condom se révèle plus ardue lorsque tout se passe rapidement et sous le couvert de l'anonymat.

 

Les premières expériences sexuelles compliquent également la négociation et l'utilisation du condom, surtout si le partenaire est expérimenté. La confiance et l'anticipation d'explorer les plaisirs de la sexualité pèsent plus lourds dans la balance que le sexe sans risque.

 

Si tu en es à tes premières expériences sexuelles, savoure les plaisirs qui s'offrent à toi. Après tout, les délices des premières relations sexuelles ne se vivent qu'une fois. La sexualité est un apprentissage, tout comme l'utilisation du condom. Pourquoi ne pas faire d'une pierre deux coups ?

 

 

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 La prise d'un risque sexuel et moi : pistes de réflexion

 

  • Jusqu'où suis-je prêt à aller personnellement dans la prise de risque ?
  • Dans quel contexte et à quel moment suis-je le plus tenté de prendre des risques ?
  • Comment je me sens quand je prends des risques ? Avant, pendant et après ?
  • Comment je réagis à l'idée d'avoir contracté ou transmis le VIH ou une ITS ?

 

 

RÉFÉRENCES 

 

  • Bossé, M.-A. La sexualité: un PAS vers la vie. CAP-SIDA. 1998
  • Girard, M.-E. La première relation sexuelle homosexuelle : analyse de récits recueillis sur Internet. Travail effectué dans le cadre du cours Dimensions socioculturelles des pratiques et discours sexuels. Maîtrise en sexologie. Décembre 2002.
  • Lévy, J. Internet et pratiques à risques face au VIH/SIDA. Bulletin d'information en recherche sociale sur les MTS et le SIDA. Été 2003 - no.16.
  • Otis, J. et collaborateurs. Oméga 1996-2003 : Comprendre la prise de risque sexuel pour mieux orienter l'action. Présenté dans le cadre d'Outillons-nous. 2003.
  • Séro Zéro. Ma vie gaie : le parcours en soi. 1998


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