Condom et sécurisexe

 

Le condom, moi et l'autre...

 

Malgré son omniprésence dans notre société, il semble plus facile de parler de sexualité dans une revue ou à la télévision que dans la chambre à coucher, face à une autre personne. Surtout lorsqu'il est question de sexe sécuritaire.

 

Pourquoi est-il si difficile d'aborder la question du condom ? Tellement difficile, en fait, qu'on préférerait prendre un risque en silence, quitte à compromettre sa santé, plutôt que d'aborder le sujet. Ce sont des questions qu'il faut se poser si on a de la difficulté à parler du condom et à l'utiliser. Et la première personne à interroger sur le sexe sécuritaire est soi-même.

 

La décision d'utiliser le condom est avant tout une question de responsabilité individuelle. On décide pour soi de la vie sexuelle que l'on a envie de vivre. Il est important de se demander pourquoi on utilise le condom ou pourquoi on ne l'utilise pas. Quelle est notre perception du condom : représente-t-il un fardeau, un obstacle à la spontanéité ou plutôt, une occasion d'explorer la sexualité en tout abandon et sans risque ? De toute évidence, on n'utilisera pas toujours le condom si on le fait par obligation plutôt que par choix.

 

 

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La pratique en solo

 

Il faut prendre le temps de se familiariser avec le condom et le meilleur moyen de le faire demeure la masturbation…avec condom. L'idée n'est pas de toujours se masturber avec un condom, mais de l'essayer à quelques reprises, le temps de se sentir à l'aise avec ce petit bout de latex.

 

L'apprentissage de la sexualité, la découverte de son corps et des plaisirs qu'il procure passent d'abord par la masturbation. On est son premier partenaire sexuel, alors, pourquoi l'apprentissage face au condom serait-il différent ? D'autant plus qu'on peut prendre son temps. Ce n'est pas au cours d'ébats sexuels passionnés qu'on va s'arrêter pour observer comment le condom est fait, sa texture, comment l'enfiler, etc.

 

Se pratiquer à mettre un condom pendant la masturbation se révèle la manière idéale, aussi bien pour les débutants que pour les habitués. Ce n'est pas parce qu'on l'utilise déjà régulièrement qu'on l'installe correctement ou qu'on se sent à l'aise lorsqu'on l'utilise.

 

Toujours pas convaincu du duo condom-masturbation ? Voici quelques arguments supplémentaires :

 

  • Il arrive parfois qu'après une mauvaise expérience avec une marque de condom, on décide qu'on n'aime pas les préservatifs et qu'on en utilisera plus. Un instant ! Le temps est plutôt venu d'explorer différents types de condoms. De nos jours, il en existe une grande variété : latex, polyuréthane, minces, nervurés, grand format, ajustés, etc. Quels types te conviennent le mieux ? Il faut prendre le temps de les découvrir. On n'achète pas la première chemise qu'on voit parce qu'elle est là, on prend le temps de l'essayer et de s'assurer qu'elle nous va bien. Il en va de même pour les condoms. La masturbation est ta cabine d'essayage !
  • En théorie, mettre un condom est un geste simple. Dans la pratique toutefois, il en est tout autrement. L'enveloppe du condom ne s'ouvre pas toujours facilement. On n'est pas sûr du bon côté pour le dérouler. Parfois, le sperme s'échappe quand on l'enlève. L'utilisation du condom pendant la masturbation permet de pratiquer les étapes nécessaires à la pose et au retrait de celui-ci. Plus on se pratique, plus on sait comment le manipuler et l'utiliser. On se sent moins maladroit ou gêné de l'installer sur soi ou sur son partenaire pendant une relation sexuelle
  • C'est également le moment de se familiariser avec les lubrifiants à base d'eau ou de silicone. Encore une fois, il en existe plusieurs types et chacun présente certaines propriétés (plus liquide, plus collant, etc.). Il suffit d'en faire l'essai ! On peut ajouter du lubrifiant à l'intérieur et à l'extérieur du condom. Quelques gouttes suffiront pour se sentir plus à l'aise et pour augmenter le niveau de sensations. On ne doit pas se servir d'huile à massage ou pour bébé, de vaseline ou d'autres produits à base de pétrole comme lubrifiant, car ils altèrent le latex.
  • Pour ceux que le condom fait débander, la masturbation avec un condom est le moment privilégié pour comprendre : « qu'est-ce qui me fait perdre mon érection ? ». En cherchant les causes, on trouve des solutions. À toi d'explorer.

Plus on utilise le condom, plus il sera facile de l'intégrer à sa vie sexuelle et moins on aura l'impression qu'il brise la spontanéité.

 

 

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« Je pratique le sexe sécuritaire »

 

Il s'agit d'une phrase bien simple qui s'inscrit dans un univers complexe, celui de la sexualité partagée, où gravitent des enjeux émotifs, le besoin de contact physique et le désir. Oser communiquer cette phrase, c'est s'ouvrir à l'autre, dévoiler ses valeurs, ses préoccupations et s'affirmer. Pas toujours facile à faire lorsque l'homme devant soi nous excite et qu'on aimerait bien qu'il manifeste le même sentiment envers nous.

 

La peur est un facteur qui peut nous empêcher de parler du condom avec un partenaire sexuel :

 

  • Peur de ce que l'autre va penser de moi;
  • Peur que l'autre ne pense pas comme moi;
  • Peur du rejet;
  • Peur qu'il se fâche;
  • Peur qu'il pense que j'ai contracté le VIH ou une ITS;
  • Peur qu'il dise « non »;
  • Peur…

La peur est irrationnelle et souvent une création de notre esprit. Il est important de connaître ses peurs et de vérifier leur fondement dans la réalité. On sera peut-être étonné de constater que l'autre souhaite aussi utiliser le condom sans trop savoir comment aborder le sujet. Dans ce cas-ci, le courage d'aborder la question du sexe sécuritaire et l'utilisation du condom peut rendre la rencontre sexuelle encore plus enivrante.

 

Dans le cas contraire, si le partenaire refuse l'utilisation du condom, on est en droit de se demander si cet homme est désirable au point de prendre un risque. Il n'est pas facile de refuser une relation sexuelle parce que le partenaire préfère le sexe non protégé, mais l'utilisation du condom est avant tout un engagement envers soi-même et sa santé sexuelle. Il faut être convaincu qu'on en vaut la peine !

 

Les mythes constituent d'autres facteurs qui peuvent nous empêcher de parler du condom. Ce sont des idées préconçues, sans fondement réel, auxquelles on adhère et par lesquelles on justifie le sexe anal non protégé. Ces mythes sont utilisés autant par les hommes séronégatifs que par les hommes séropositifs.

 

Exemples de mythes :

 

  • Il me le dirait s'il était séropositif ou séronégatif;
  • Il ne met pas de condom, il doit être séronégatif;
  • Je baise souvent sans condom et je n'ai jamais attrapé le VIH. Je dois être immunisé;
  • Les tops ne peuvent pas l'attraper;
  • Il a éjaculé en moi, il doit être séronégatif;
  • Je suis séronégatif. J'ai présumé qu'il l'était aussi;
  • Je suis séropositif. J'ai présumé qu'il l'était aussi;
  • Ne pas utiliser le condom est une marque de confiance.

Ah oui ! Comment sait-on ce qu'on sait ? Sur quoi reposent ces conclusions ? Quelles que soient les justifications qu'on se donne, ça ne change en rien la réalité qu'en ayant des rapports sexuels non protégés, on risque de s'exposer au VIH et aux autres infections transmises sexuellement. Il faut s'informer et vérifier nos croyances.

 

 

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LE LANGAGE NON-VERBAL

 

La communication peut s'établir sans dire un mot ! Quelques trucs pour faire comprendre au partenaire que l'utilisation du condom n'est pas négociable :

 

  • Toujours avoir des condoms sur soi, dans l'auto, dans toutes les pièces de sa résidence;
  • Laisser des condoms et du lubrifiant bien en vue, sur la table de chevet par exemple;
  • Tendre un condom au partenaire avant la pénétration anale ou l'enfiler soi-même;
  • Au sauna, laisser dépasser le sachet condom du bord de la serviette, autour de sa taille.

 

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« LE CONDOM S'EST BRISÉ !!! »

 

Il arrive parfois qu'il se brise ou se déchire à notre insu. Généralement, le bris de condom est causé par une mauvaise utilisation.

 

Voici quelques conseils pour que le condom demeure intact :

 

  • Toujours vérifier la date d'expiration indiquée sur la boîte ou sur le sachet du condom ; ne pas l'utiliser si la date d'expiration est dépassée;
  • Ne pas garder les condoms dans ses poches, dans son portefeuille ou tout autre endroit où il risque d'être exposé au mouvement ou à la chaleur;
  • Vérifier si on retrouve un numéro de lot sur le sachet. Ce numéro nous indique que des tests de qualité ont été effectués;
  • Ne pas ouvrir le sachet du condom avec les dents ou des ciseaux;
  • Attention aux bagues, aux ongles ou aux perçages corporels lorsqu'on manipule le condom;
  • Toujours pincer le bout réservoir du condom avant de le dérouler sur le pénis. Cette étape est importante et souvent négligée. Ne pas le faire est souvent la cause d'un bris de condom;
  • Enfiler le condom au bon moment, soit avant tout contact des organes génitaux;
  • Toujours utiliser un lubrifiant à base d'eau ou de silicone;
  • Pendant la pénétration, vérifier la position du condom. Il suffit de quelques secondes avec les yeux ou la main.

 

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LE CONDOM S'EST BRISÉ... ET MA SANTÉ ?

 

Un bris de condom nous expose aux mêmes risques que si l'on n'avait utilisé aucune protection, soit au VIH et aux infections transmises sexuellement.

 

Il est important de consulter un médecin et de passer des tests de dépistage pour les ITS, dans un premier temps, puis pour le VIH trois mois après le bris de condom.

 

Si tu vis l'expérience d'un bris de condom avec un partenaire atteint du VIH ou un partenaire dont le statut sérologique t'est inconnu, tu peux avoir accès à ce qu'on appelle la prophylaxie post exposition sexuelle (PPE).

 

LA PPE N'EST PAS UNE PILULE MIRACLE. Les médicaments prescrits pour la PPE sont les mêmes que pour le VIH, soit une combinaison de trois différents médicaments, à prendre à des heures fixes et selon des indications précises. Ces médicaments comportent des effets secondaires importants comme la diarrhée, des vomissements, une grande fatigue, etc. La prise de la PPE doit se faire sous surveillance médicale.

 

Avant de prescrire la PPE, le médecin doit procéder à une évaluation des risques de transmission. Pour accroître les chances d'efficacité, on doit commencer à prendre les médicaments le plus rapidement possible, soit dans les 36 heures qui suivent l'infection potentielle, le délai maximal étant de 48 heures.

 

 

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« NOUS FORMONS UN COUPLE ET NOUS DÉSIRONS ne PLUS UTLISER LE CONDOM »

 

Si tu vis une relation de couple depuis un certain temps, il est possible que tu souhaites arrêter d'utiliser le condom. Cette décision doit être le choix des deux partenaires. Il est préférable d'en parler ensemble, honnêtement et de vous exprimer librement. Vous pouvez choisir une entente d'exclusivité sexuelle, d'honnêteté et de confiance mutuelle ou d'utilisation du condom si votre relation est de type ouvert, comme c'est parfois le cas.

 

La prochaine étape consiste à consulter un médecin et à passer des tests de dépistage pour les ITS et le VIH. N'oublie pas qu'avant de passer un test de dépistage du VIH, tu dois prévoir une période d'attente de 3 mois à partir de ta dernière relation à risque. Tant et aussi longtemps que tous les résultats ne seront pas reçus et négatifs, tu dois maintenir l'utilisation du condom.

 

Pour les couples dont les deux partenaires sont séropositifs, la réalité est un peu différente. On a tendance à penser que, parce que les deux partenaires sont atteints du VIH, il n'est pas nécessaire d'utiliser le condom. Ce n'est pas aussi simple que ça.

 

Il existe différents types de VIH. Si tu vis avec le VIH-1 et ton partenaire avec le VIH-2, il est possible qu'il te transmette son VIH-2 lors d'une relation sexuelle non protégée et que tu lui transmettes ton VIH-1. Vous deviendriez alors porteurs de deux souches différentes de VIH, ce qui peut considérablement affecter votre état de santé. Vous risquez également de vous exposer aux autres ITS.

 

De plus, si les deux personnes prennent des médicaments anti-VIH différents et développent des résistances à ces médicaments, ces résistances peuvent se transmettre au cours d'une relation sexuelle. Ainsi, les futures options de traitement se verraient désormais limitées.

 

Si vous êtes un couple dont les deux partenaires sont séropositifs, vous pouvez choisir d'arrêter l'utilisation du condom. Il est toutefois recommandé d'en aviser votre médecin et de vous assurer un bon suivi médical, question de bien protéger votre santé.

 

 

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TRUCS POUR FACILITER LA DISCUSSION SUR LE SÉCURISEXE

 

  • Sache les raisons pour lesquelles tu veux utiliser le condom. Il est plus facile de négocier lorsqu'on sait ce qu'on veut.
  • Aborde le sujet avant d'être dans le feu de l'action, à moins de choisir le langage non verbal.
  • Parles-en avec tes amis ! Ils peuvent connaître des trucs qui t'aideront à t'affirmer au moment d'aborder le sujet de l'utilisation du condom avec un partenaire sexuel.
  • Rappele-toi une situation où tu as eu à négocier l'utilisation du condom. Quelles difficultés as-tu rencontrées ? Comment les as-tu surmontées ?

Et toi, quelles sont tes stratégies personnelles, tes trucs, pour aborder le sujet ?

 

 

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RÉFÉRENCES

 

  • Germain, B. Langis, P. La sexualité; regards actuels. Éditions Études Vivantes. 1990. 602 pages. 
  • The complete guide to Safer Sex. The Institute for Advanced Study of Human Sexuality. Barricade Books Inc. 1992. 252 pages.
  • Wolfe, D. and the Gay Men's Health Crisis. Men like us: The Complete Guide to Gay Men's Sexual, Physical, and Emotional Well-Being. Ballantine Books. 2000. 629 pages.
  • La PPE. Document rédigé par René Lavoie

 

RÉFÉRENCES COMPLÉMENTAIRES

 

Clique ici pour obtenir le document PDF du MSSS Le sécurisexe pour jeunes hommes gais ou bisexuels ou la brochure Je t'aime, je capote



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