
Journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie, le 17 mai est sans contredit une date marquante dans le calendrier des luttes des personnes LGBTQ+. Elle se veut une journée visant à sensibiliser, dénoncer les discriminations et honorer les résistances, tout en reconnaissant les progrès accomplis. Mais pourquoi cette date précisément ?
C’est le 17 mai 1990 que l’Organisation mondiale de la santé a retiré l’homosexualité de sa liste des maladies mentales — une décision historique qui a marqué un tournant majeur dans la reconnaissance de la dignité, de l’existence et des droits des personnes LGBTQ+. Depuis, cette journée est devenue un puissant symbole de résilience et de revendication à travers le monde.
Avec cet article, RÉZO souhaite t’inviter à poser un regard personnel et engagé sur cette journée emblématique. On célèbre tous·tes cette journée Ô combien importante, mais sait-on vraiment ce qu’elle représente ? Sait-on vraiment toute la violence et les injustices vécues dans les années passées qui se cachent derrière la journée du 17 mai ?
C’est dans cette perspective, que nous aimerions te présenter une ligne du temps soulignant plusieurs événements marquants pour les droits de nos communautés :
1969 – Les émeutes de Stonewall : le point de départ des luttes LGBTQ+
Les luttes pour les droits LGBTQ+ ont été déclenchées en grande partie par les émeutes de Stonewall, survenues dans la nuit du 28 juin 1969 à New York. Ce soir-là, la police a fait une descente dans le Stonewall Inn, un bar fréquenté par des personnes LGBTQ+, ce qui était courant à l’époque. Mais cette fois, les client·e·s ont décidé de résister aux arrestations et à la violence policière. Les affrontements ont duré plusieurs jours et ont marqué un tournant historique : c’est à partir de cet événement que des mobilisations organisées ont commencé à prendre forme pour revendiquer des droits, de la visibilité et de la dignité pour les personnes LGBTQ+. Marsha P. Johnson, militante trans noire, a été l’une des figures marquantes de ce soulèvement.

1969 – Décriminalisation de l’homosexualité au Canada
Dans les années 1960, l’homosexualité était considérée comme une grossière indécence et passible de poursuites et de condamnations criminelles. D’ailleurs, en 1967, la police de Montréal présentait tous les jours une cause d’homosexualité devant les tribunaux. Les homosexuels étaient vu par l’église comme des pécheurs, par la médecine comme des malades mentaux et aux yeux de la loi, des criminels.
C’est ainsi qu’en réponse à une société en ébullition, le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau adopta une réforme du Code criminel le 14 mai 1969 : les relations homosexuelles entre adultes consentants, en privé, n’étaient plus illégales. M. Trudeau dira en conférence de presse cette célèbre phrase : « l’État n’a rien à faire dans les chambres à coucher de la nation. » Ce changement, souvent cité comme un tournant, ne protégeait cependant en rien les personnes LGBTQ+. À Montréal, sous le règne du maire Jean Drapeau, c’était l’époque du « nettoyage moral ». Sous prétexte des Jeux olympiques de 1976, la ville mène une chasse aux personnes homosexuelles et aux travailleuses du sexe. Des descentes policières massives ont eu lieu dans les bars fréquentés par les communautés. Ce n’était pas une libération mais bien une mise en sourdine.
Source : Émission « tout le monde en parlait », Les gais sortent de l’ombre (1969-1979), juillet 2008
1973 – Le DSM se corrige : l’homosexualité n’est plus une maladie
Ce fut quelques années après la décriminalisation de l’homosexualité que l’American Psychiatric Association retira l’homosexualité du Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM). Cette décision survient après des années de militantisme, d’actions directes, et d’interventions courageuses de psychiatres et de patients afin de faire cesser la discrimination. Le retrait du stigmate médical pave ainsi la voie à la reconnaissance sociale, mais bien entendu, les impacts de cette pathologisation qui perdura à travers les années se font encore ressentir aujourd’hui par la haine et les stéréotypes qui continuent d’exister.
1977 – Le Stonewall Montréalais
Le soir du 21 octobre 1977, vers 23h, des centaines de policiers, munis de gilet pare-balles et de mitrailleurs, effectuent la plus grosse descente jamais effectuée dans un bar. C’est plus de 145 clients du bar « TruXX » qui sont arrêtés et accusés pour des chefs d’accusation d’action indécente et de prostitution. Il s’agissait de la plus grosse opération policière de masse, depuis la crise d’Octobre.
À la suite de cette opération policière de masse, l’Association pour les droits des gai(e)s du Québec organisa une manifestation pour réclamer la fin de la répression policière. La mobilisation de l’association et des 2000 manifestants, fera son chemin et c’est finalement sous la pression qu’en décembre 1977 que le Québec devient la première province, en Amérique, sous le règne du Parti Québécois, à interdire toute forme de discrimination sur la base de l’orientation sexuelle dans la charte des droits et libertés. Le Québec devenait donc la première juridiction en Amérique du Nord, et la deuxième société dans le monde, après le Danemark, à interdire la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle. Qui l’eut cru ?
Source : Émission « tout le monde en parlait », Les gais sortent de l’ombre (1969-1979), juillet 2008,
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1062535/40e-de-la-descente-policiere-du-bar-truxx-un-tournant-pour-les-droits-des-homosexuels
1981 – Les murs tombent, les matraques aussi : l’opération Soap
Le 5 février 1981, la police torontoise mène des descentes coordonnées dans quatre saunas fréquentés par des hommes gais. Plus de 300 arrestations ont lieu. C’est l’une des plus grandes rafles policières de l’histoire du Canada. Les forces de l’ordre déclaraient qu’il s’agissait le fruit d’un travail d’infiltration de 6 mois, dans chaque établissement, qu’ils disaient être liés à de la «prostitution ».
À minuit le soir suivant, la communauté s’est levée et a mis son pied à terre ! C’est une foule de plus de 3 000 personnes qui est descendu dans les rues de Toronto. Cet événement est considéré comme le Stonewall Torontois. Cette mobilisation jette les bases d’un mouvement national organisé qui a permis de dénoncer la brutalité policière. Pour des images de cette soirée, c’est par ici (Attention : vocabulaire offensant dans la vidéo)
Suite à cette manifestation, le public ainsi que les médias se sont mis à dénoncer et insulter les forces de l’ordre par leur caractère inhumain en soulignant que leurs actions relevaient de «brutalité maladroite et vandalisme de crétin » tout en qualifiant les agents de police de «cochons ». Malgré cet appui du public, les communautés de la diversité sexuelle et de genre font face à d’autres descentes dans les années qui suivirent…
Source : https://thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/toronto-feature-bathhouse-raids-en-anglais-seulement

1990 – Sex Garage : la nuit où Montréal s’est réveillée
Comme dirait Stromae « quand y’en a plus, et ben y’en a encore ». Effectivement, même après le gain de ces droits, c’est après une fête queer clandestine dans un garage du Vieux-Montréal, que la police intervient brutalement sous prétexte que l’établissement vendait illégalement de l’alcool. C’était le « sex garage » qu’ils disaient… Ce soir-là, ce sont des dizaines de personnes qui se sont vues battues, insultées, humiliées, arrêtées…C’était une descente policère extrêmement violente et abusive. C’est quelques années plus tard, en réponse à la brutalité policière qui perdure, que la communauté LGBTQ+ se mobilise dans la rue comme jamais auparavant.
Le Sex Garage deviendra le catalyseur de la fierté montréalaise moderne. Si tu es assez vieux pour l’avoir connu, c’est d’ailleurs cet événement qui mènera à la création de Divers/Cité en 1993, comme le principal festival e la fierté LGBT de la ville avant de se repositionner comme festival général des arts et de la musique en 2006. Effectivement, c’est en 2006 que Divers / Cité s’est éloignée du défilé pour se tourner vers un festival d’arts et de Dj queer.
Face à ce repositionnement, les communautés étaient choquées et cela créa une division au sein de la communauté et c’est pourquoi en 2007, Fierté Montréal vit le jour. Malheureusement, Divers / Cité vit la fin de son festival en 2014.
Sources: Crawford, Jason B.; Herland, Karen (Winter 2014). « Sex Garage: Unspooling Narratives, Rethinking Collectivities ». Journal of Canadian Studies. 48 (1): 106–131. Retrieved 26 March 2015.
https://www.dailyxtra.com/has-montreals-founding-gay-pride-group-diverscite-folded-66542
2002 – L’union civile pour les couples de même sexe
Les luttes pour l’égalité patrimoniale et parentale mèneront finalement à une série de décisions juridiques. Effectivement, c’est André Boulerice du Parti Québécois, (bah oui, encore le PQ!) qui fera adopter la loi sur les unions civiles donnant ainsi aux couples de même sexe le droit à l’union de fait ( a.k.a : un substitut du mariage).
En réponse à la pression des tribunaux et à la croissance du mouvement pour le mariage égalitaire, le Québec crée l’union civile. Elle accorde des droits similaires au mariage, mais reste symboliquement distincte. Ce compromis est vu par plusieurs comme une demi-mesure, un pas avant le vrai pas.
2005 – Le mariage pour tous·tes : une victoire légale, pas une fin
Le Canada devient le quatrième pays au monde à légaliser le mariage entre personnes de même sexe. Cette victoire est le fruit de décennies de luttes, d’innombrables batailles juridiques, et du courage de couples qui ont porté leur amour devant les tribunaux. C’est à la suite de plusieurs procès que le mariage a été légalisé puisque les juges ont déterminé que la loi existante sur le mariage (le limitant aux couples hétérosexuelles) était anticonstitutionnelle… (Ah oui vraiment ?!?) C’est donc le 20 juillet 2005 que le Canada légalisa le mariage homosexuel en adoptant la Loi sur le mariage civil.

2013 – Identités trans : Une reconnaissance qui ouvre le chemin
L’édition nord-américaine du DSM retire officiellement « l’identité transsexuelle » en tant que trouble mental, la remplaçant par « dysphorie de genre ». Ce changement est partiel, mais significatif. Effectivement l’accent est mis sur la souffrance ou les difficultés du fonctionnement social/psychologique associées à l’inadéquation ressentie entre le genre assigné à la naissance et le genre à laquelle la personne s’identifie. Cela ouvre la voie à une reconnaissance de l’identité trans comme une réalité, et non une pathologie, permettant ainsi l’accès à des soins de santé (traitements hormonaux et des chirurgies, couvertes par le système de santé).
2013 – Le début de la transition légale
C’est en 2013 qu’une nouvelle loi québécoise permet de modifier la mention du sexe sur les documents d’identité sans obligation de chirurgie ni de traitement hormonal. C’est une avancée historique, représentant un acquis, vers le respect des corps trans et non binaires. C’est un acquis qui n’aurait jamais eu lieu sans les efforts considérables du Conseil LGBT et des personnes militantes luttant pour les droits des personnes de la diversité sexuelle et de genre. Malheureusement, ce n’est qu’en 2015, que ce règlement sera mis en place permettant d’appliquer la loi de 2013. Le fossé entre loi et réalité se comble lentement.
2016 – Mineur·es trans reconnu·es par la province
Une modification législative permet enfin aux personnes mineures de demander un changement de la mention du sexe avec le consentement parental. Cela donne une légitimité à l’identité de jeunes trans, souvent confronté·es au rejet ou à l’ignorance dans les institutions scolaires et médicales.
2016 – L’identité de genre et l’expression de genre protégées par la Charte québécoise
Après des années de lutte des communautés trans et non binaires, c’est une grande victoire : l’identité et l’expression de genre sont ajoutées comme motifs de discrimination interdits dans la charte des droits et libertés québécoise. C’est un moment charnière des droits puisque la réalité commence finalement à être reflétée dans la loi.

2018 – 2024 Une lettre pour exister : la mention X
Sur la majorité des formulaires et des pièces d’identité au Québec, on offrit que la mention « F » ou « M ». C’est par les combats de différentes personnes trans et non-binaire qu’une évolutionpu voir le jour. Effectivement, plusieurs demandes ont été réalisées au gouvernement afin d’avoir une autre lettre mais ce fut refusé à plusieurs reprises, invoquant des limitations techniques et juridiques.
Malgré ces échecs, c’est en 2018 que la Cour supérieure du Québec statua que les personnes non-binaires avaient le droit à une reconnaissance légale. C’est ainsi que le gouvernement annonce que des travaux seraient mis de l’avant pour offrir une option non-binaire dans les documents identitaires.
En 2021, le Québec assista à une réforme majeure puisque le Directeur de l’état civil permettra officiellement la mention « X » sur l’acte de naissance, la carte d’assurance maladie ainsi que les documents rattachés à l’identité légale.
Finalement, c’est en 2024, que le Québec permettra désormais l’inscription du genre « X » sur la majorité des documents officiels.
Cette reconnaissance administrative est un petit pas, mais pour plusieurs, elle représente un immense soulagement. Être vu·e tel·le que l’on est, même sur un bout de plastique, est une façon de se sentir reconnu, entendu comme on s’identifie.
Source : (Affaire Moore – Jugement de la Cour supérieure du Québec, 2018, Projet de loi n·2 – Réforme de l’état civile, 2021, Éducaloi : https://educaloi.qc.ca/actualites-juridiques/nouveaux-droits-personnes-non- binaires/)
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En somme, il faut reconnaitre que la montée des idéologies conservatrices, transphobes et homonationalistes ici au Canada et à travers le monde nous rappelle que rien n’est acquis. Chaque victoire est fragile et lorsqu’on observe la régression qui survient chez nos voisins du Sud, les Américains, on se doit de réaliser que chaque reconnaissance peut être révoquée.
Aujourd’hui plus que jamais, la résistance et le combat sont essentiels, parce qu’au fond, être libre ce n’est pas seulement avoir des droits. C’est pouvoir les exercer sans craintes de représailles et de se les faire enlever !

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Pour en savoir plus sur les origines et l’évolution de la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie consulte le site de la Fondation Émergence.