Dans le cadre d’un de ses projets, RÉZO a mis sur pied une démarche visant à mieux répondre aux besoins des communautés*.
En effet, cette consultation a été menée à l’hiver 2026 afin de documenter les réalités liées à l’accès aux soins de santé des hommes GBQ+ et des personnes trans du Québec. Cette initiative visait à dresser un portrait des obstacles rencontrés et à identifier des pistes d’action possibles pour améliorer les services. Réalisée avec l’appui de l’Institut du Nouveau Monde (INM), la démarche reposait sur deux volets complémentaires : un questionnaire en ligne ayant permis de recueillir les expériences de 350 personnes, ainsi qu’une séance de discussion, réunissant 22 personnes soit : des partenaires communautaires, des expert·es du milieu de la santé ainsi que des personnes utilisatrices des services de soins de santé.
À noter que cette démarche contient certainement des biais lors de la collecte de données, en raison de la mission de l’organisme, de ses besoins, des populations rejointes par ce dernier, par la formule en ligne, etc. et que ces résultats ne sont pas nécessairement généralisables sur l’ensemble des populations LGBTQ+.
Cela dit, les résultats nous montrent que, de manière générale, les besoins en santé, qu’ils soient sexuels, physiques ou mentaux, sont perçus comme étant satisfaits par une majorité des personnes répondantes. Toutefois, cette appréciation coexiste avec la présence de plusieurs obstacles qui continuent de freiner l’accès aux soins. Certaines populations vivent ces difficultés de manière plus marquée que d’autres, notamment les personnes plus jeunes (18-29 ans), en situation de handicap, issues de l’immigration ou appartenant à des minorités visibles, ainsi que les personnes trans, non-binaires, queer ou bispirituelles.
Les faits saillants des résultats du questionnaire
Parmi les principaux défis identifiés :
- Les délais d’attente pour obtenir un rendez-vous avec un·e professionnel·le de la santé demeurent un enjeu central, particulièrement pour le dépistage des ITSS et les soins d’affirmation de genre;
- À cela s’ajoute un manque de connaissances de la part de certaines personnes professionnelles quant aux réalités LGBTQ+, ce qui peut nuire à la qualité des services offerts;
- Plusieurs personnes rapportent également des expériences négatives dans le système de santé, incluant des microagressions, du mégenrage, de la discrimination ou un sentiment de jugement;
- Le manque d’accès à des services adaptés;
- La difficulté à trouver de l’information claire, ainsi que la complexité du système de santé.
Toutes ces expériences peuvent affecter le sentiment de sécurité et la confiance envers les services, d’autant plus que ces enjeux sont également amplifiés en région, où les ressources sont moins nombreuses et parfois moins accessibles. Rappelons toutefois que RÉZO est situé à Montréal et offre ses services dans le village, et ses environs, et que le questionnaire était diffusé en ligne, sur les réseaux sociaux.
Enfin, les coûts associés à certains soins et traitements, notamment la médication préventive des ITSS, l’hormonothérapie ou les chirurgies d’affirmation de genre, constituent un frein important. Les délais dans le réseau public amènent d’ailleurs plusieurs personnes à se tourner vers le secteur privé, accentuant les inégalités.
Malgré toutes ces observations, une majorité des personnes répondantes estiment que leurs besoins en santé (sexuelle, physique et mentale) ont été satisfaits par leurs prestataires de soins au cours des dernières années, démontrant que malgré les barrières, il y a des expériences globalement satisfaisantes. Dans le même ordre d’idée, les résultats démontrent aussi la présence d’une plus grande écoute, de respect, d’ouverture et d’un sentiment de sécurité dans les soins de santé, suggérant que des milieux de soins ont des pratiques plus inclusives.
Des enjeux confirmés par les acteur·trices du milieu
Les échanges tenus lors de la séance de discussion confirment largement les constats issus du questionnaire. Les participant·es soulignent notamment la présence d’enjeux structurels, tels que l’engorgement du système de santé et la complexité de navigation dans les services.
Dans une perspective intersectionnelle, ces enjeux se révèlent souvent plus marqués pour les communautés LGBTQ+, en raison du manque de connaissances, des coûts élevés et des difficultés d’accès à l’information. Le stress minoritaire est également identifié comme un facteur influençant le recours aux soins, pouvant parfois mener à leur évitement.
Plusieurs pistes d’action ont été proposées lors des échanges afin de répondre aux enjeux identifiés. Celles-ci mettent notamment l’accent sur l’importance :
- D’adapter les services aux réalités et aux besoins diversifiés des personnes; Par exemple :
- Les professionnel·les se renseignent sur les soins trans, la PrEP, la PPE, la doxy-PEP, la trithérapie, etc.
- Les professionnel·les n’ont plus de propos homophobes, transphobes ou de préjugés comme : une personne séropositive a automatiquement des comportements sexuels à risque.
- D’assurer une meilleure continuité des soins;
- De renforcer la formation des personnes professionnelles de la santé sur les réalités LGBTQ+;
- D’améliorer l’accès et la visibilité de l’information sur les services disponibles;
- De réduire les barrières financières associées aux soins et aux traitements.
Une démarche qui se poursuit
Cette consultation constitue une étape importante, mais non finale. La démarche se poursuivra dans la prochaine année, afin d’approfondir l’analyse des résultats, de poursuivre la collecte de données et de préciser les enjeux prioritaires.
Les prochaines étapes permettront d’identifier des pistes de changement, en cohérence avec les besoins exprimés, afin de soutenir une amélioration de l’accès aux soins.
Nous remercions chaleureusement toutes les personnes ayant contribué à cette démarche puisque leur participation est essentielle pour orienter les actions à venir et favoriser des services plus accessibles, inclusifs et adaptés.
*Ce projet a été rendu possible grâce au soutien financier du Ministère des Femmes et Égalité des genres du Canada, via le Programme de promotion de l’égalité des sexes, de l’orientation sexuelle, de l’identité et de l’expression de genre.