Le chemsex c’est quoi?
Au départ marginal, ce phénomène a lentement gagné en popularité, surtout dans la communauté gaie, où l’utilisation du crystal meth a doublé ces dernières années, selon l’étude Engage. Cette drogue, de plus en plus consommée, est considérée comme l’ennemi numéro un parmi les substances récréatives, à cause de son fort potentiel addictif et de la détresse rapide qu’elle peut provoquer. Certains parlent même d’une « épidémie silencieuse » comparable aux ravages du sida dans les années 90. L’isolement lié aux années de COVID-19 a encore aggravé le problème, fragilisant des personnes déjà affectées par la stigmatisation et la solitude. En plus, le manque d’accès à certaines drogues comme la cocaïne pendant le confinement a poussé plusieurs personnes à se tourner vers des substances plus facilement disponibles, comme le crystal meth.
Si le chemsex n’est pas nouveau, certains risques deviennent de plus en plus préoccupants : le risque accru de contracter une ITSS dans ces contextes de sexualité extrême, la pratique plus courante de l’injection ou « slam » chez des personnes souvent peu expérimentées et donc moins préparées pour une utilisation sécurisée, la hausse des overdoses accidentelles, parfois mortelles, et l’augmentation du nombre de personnes qui consomment du crystal meth, une des drogues les plus puissantes et destructrices sur de nombreux aspects de la vie.
Alors que certaines personnes choisissent volontairement de consommer ces drogues dans le cadre du chemsex, d’autres racontent avoir été exposées à ces substances par accident, croyant, par exemple, qu’un joint contenait du cannabis ou qu’une ligne de poudre était de la cocaïne, alors qu’il s’agissait en réalité de crystal meth.
Sur les applications de rencontre, tu remarqueras que les utilisateurs utilisent souvent des codes pour se reconnaître entre eux : « chill », « long session », « P.N.P » pour « Party and Play », « H&H » pour « High et Horny », ou encore l’émoticône de cochon 🐷. Certains profils affichent aussi une couleur rouge, qui renvoie à l’éclairage coloré souvent utilisé lors des soirées chemsex.
Si tu as déjà fait des soirées chemsex, tu as sûrement remarqué que ces soirées se déroulent surtout dans des maisons privées, pour des sex parties, ou parfois dans des saunas. Les personnes qui participent mélangent les substances et peuvent cumuler plusieurs partenaires, souvent sans protection autre que la PreP (qui, on le rappelle, protège seulement contre le VIH). Les effets des drogues sont si puissants que les sessions peuvent durer des heures, voire des jours, sans que tu ressentes le besoin de dormir ou de manger. Ces substances intensifient les sensations corporelles et, avec la désinhibition et la désensibilisation à la douleur, favorisent l’exploration de pratiques sexuelles plus extrêmes comme le sexe en groupe et le fisting, qui consiste en l’introduction du poing dans le rectum.
Les comportements sexuels liés au chemsex peuvent avoir des conséquences financières et relationnelles, en plus des risques pour ta santé physique (comme la malnutrition, le manque de sommeil, et les effets des produits chimiques souvent très impurs sur ton corps). Ils peuvent aussi impacter ta santé mentale, car les périodes de « high » sont souvent suivies de dépressions intenses, poussant certains à consommer de nouveau pour échapper à cette « descente ».
Regardons de plus près les bénéfices et les inconvénients de cette pratique, pour mieux les comprendre.
Bénéfices
Le chemsex peut apporter certains bénéfices qui expliquent pourquoi tu pourrais être tenté de continuer, ou pourquoi tu continues de consommer, même face aux aspects plus négatifs qu’on verra plus loin.
Sentiment de connexion et d’intimité :
Les études montrent que le chemsex facilite les rencontres et intensifie les relations. Il fait tomber des barrières comme l’âge, l’apparence physique, le statut socio-économique ou le statut sérologique, ce qui crée un sentiment de connexion et d’intimité plus profond. Cependant, certains experts disent que cette intimité est souvent artificielle et éphémère, et qu’elle ne peut être retrouvée que sous l’effet des drogues.
Sentiment d’appartenance :
Beaucoup de personnes dans la communauté LGBTQ+ ressentent de la solitude et de l’isolement. C’est souvent une des motivations premières pour commencer le chemsex. Le cadre de promiscuité et les effets des drogues facilitent les connexions. Avec le temps, tu peux te sentir intégré à une nouvelle communauté, ce qui apaise le sentiment d’isolement et encourage la consommation, car tu vois surtout les côtés positifs de cette communauté au début.
Plaisir et performances physiques :
Les drogues amplifient considérablement le plaisir sexuel, l’excitation, les sensations physiques et l’orgasme. Tu pourrais vivre des sensations inédites qui seront difficiles à retrouver sans substances, ce qui rendra la sexualité sobre bien moins stimulante. De plus, la fatigue est effacée, la douleur est atténuée, et cela te permet de pratiquer des activités plus intenses, comme les gangbangs ou le fistfucking, pendant plusieurs heures d’affilée.
Désinhibition :
Dans la communauté gaie, on valorise souvent depuis des années un corps masculin mince et musclé. Si tu ne correspond pas à ce standard, tu peux te sentir moins désirable. Certaines drogues peuvent alors agir sur ton estime de toi, te faisant même te sentir invincible. Elles diminuent tes complexes et facilitent tes interactions avec d’autres hommes. Certains consommateurs parlent d’un effet qui leur permet d’approcher des partenaires qu’ils n’oseraient jamais aborder en temps normal.
Inconvénients
On a vu les bénéfices du chemsex, mais il y a aussi des aspects négatifs qui peuvent sérieusement impacter ta vie.
Amis :
Le chemsex peut te pousser à limiter tes activités uniquement aux sessions de consommation dans des contextes sexuels, car tu risques de perdre l’intérêt pour d’autres loisirs qui te paraîtront moins intenses. Petit à petit, tes amis « classiques » pourraient être remplacés par des personnes également impliquées dans cette pratique, ce qui rendra plus difficile une éventuelle envie de freiner ou d’arrêter, car tes relations seront centrées autour de la consommation.
Famille :
Cet isolement peut aussi te conduire à voir de moins en moins ta famille, soit par honte ou à cause des changements physiques que tes proches pourraient remarquer (maigreur, nervosité, cernes, problèmes dentaires). Pour ceux qui consomment des substances comme le crystal meth, l’intensité de l’addiction complique le sevrage, rendant les rencontres familiales difficiles à gérer.
Finances :
En plus d’être coûteux, le chemsex peut te pousser à négliger des aspects importants de ta vie, notamment le travail. Cela peut conduire à une baisse de performance, des absences répétées et, dans certains cas, jusqu’au licenciement. La perte de revenus peut entraîner des difficultés financières graves, comme des dettes ou même la perte de ton logement.
Santé physique et mentale :
Les longues sessions de chemsex, sans sommeil ni alimentation, épuisent le corps. Les mélanges de substances et leur répétition impactent directement ta santé physique. Au niveau mental, ces substances psychoactives provoquent souvent des états dépressifs importants après la descente, que tu peux ressentir comme un « down » intense, ce qui te pousse parfois à consommer de nouveau pour sortir de cet état. Le risque de contracter des ITSS est également plus élevé, en raison de la prise de risque accrue sous l’effet des drogues et du nombre élevé de partenaires, les effets immédiats masquant souvent les conséquences de long terme, parfois à travers un mécanisme de déni.
Détails sur les drogues
Selon CATIE, la source canadienne de renseignement sur le VIH et l’hépatite C, les drogues qui sont majoritairement utilisées lors du chemsex sont les suivantes :
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Crystal meth
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GHB
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Kétamine
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Autres drogues
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Consommer à moindre risque
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La trajectoire typique du chemsex
Suis-je dépendant ?
Aimerais-tu faire un test pour voir si ta consommation est problématique? Voici un outil développé par RÉZO qui pourrait t’aider dans ton questionnement. Cet outil est pour les hommes adultes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes. Ici, tu peux faire ton bilan sur ta consommation d’alcool et de drogues et sur les effets possibles sur ta sexualité. Le but est de t’aider et de te permettre de mieux comprendre l’influence que peut avoir ta consommation sur différentes facettes de ta vie.
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Ressources externes chemsex
Ici, tu trouveras une sélection de ressources spécialisées et reconnues pour accompagner les personnes concernées par la consommation de substances et le chemsex. Ces ressources ne sont pas exhaustives, mais elles peuvent être un bon point de départ pour trouver du soutien et des informations adaptées à tes besoins.
- Drogue, aide et référence – Alcool, drogues, médicaments : 514-527-2626
- Aids Community care Montréal
- Ça prend un village – Se rétablir du Crystal meth
- Santé Québec – Problème de dépendance
- Kontak – Into partying ? – 514-941-7393 | [email protected]
- Crystal meth anonyme : [email protected]
- Centre de prévention du suicide Montréal : 1-866-277-3553
- Centre de réadaptation en dépendance Dollard Cormier : 514-385-1232
Centres de testing de substances
- Checkpoint (centre ville) : 514 847-0067 #125
- Grip: 438-887-8338 (mobile du grip)
- Spectre de rue (village) (programme testing) : (438) 372-7596
- Pacte de rue (nord de l’île) mineur et adulte : (438) 490-7716
Centres de consommation supervisé
- Cactus Mtl : 514-847-0067 centre ville
- Spectre de rue : (514) 524-5197 village
- Dopamine : (514) 251-8872 Hochelaga
- L’anonyme : Téléphone sans frais à bord du SIS mobile : 1 844-381-2455
Pour plus d’information
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